Haine des Juifves, haine des LGBT ?

Haine des Juifves, haine des LGBT ?

Le 6 juin 2026, une trentaine de membres Civitas ont pris d’assaut l’église Saint-Laurent dans le Xe arrondissement de Paris pour censurer une installation de l’artiste Marie-Lucie Nadal présentée dans le cadre de la Nuit Blanche parisienne.

Civitas est une association antisémite, islamophobe, LGBTQphobe, intégriste et identitaire fondée en 1999 et dissoute en octobre 2023 après des propos antisémites de l’un de leurs membres, Pierre Hillard.

L’occasion de revenir sur les liens historiques et conceptuels qui unissent la haine des Juifves et la haine des LGBTQ+.

La haine des Juifves et la haine des minorités sexuelles ne sont pas identiques mais se croisent autour d’un même imaginaire de corruption du corps social. Pour les antisémites, les Juifves ne sont pas seulement une minorité hostile ; iels sont souvent des agents de perversion morale et sexuelle.

Cette association est ancienne. Bien avant l’époque contemporaine, les accusations de crimes rituels contre les Juifves s’accompagnaient souvent d’accusations de crimes sexuels ou corporels. La circoncision, par exemple, a pu être assimilée à la pédocriminalité et à la « déviance ».

C’est aux XVIIIe et XIXe siècles que cette logique se structure en se racialisant. Là où les hommes noirs sont décrits par les racialistes comme hypermasculins, les hommes juifs sont au contraire féminisés, présentés comme faibles, pervers ou efféminés.

La sexualité devient ainsi un outil de hiérarchisation raciale. On retrouve cette idée dans les Protocoles des Sages de Sion, puis dans les discours actuels d’extrême droite selon lesquels les Juifs utiliseraient l’industrie pornographique pour corrompre les sociétés occidentales.

L’affaire Léo Frank illustre cette fusion entre antisémitisme et panique sexuelle. Accusé du meurtre d’une jeune fille, Frank, Juif américain, est lynché en 1915 après une campagne où il est dépeint comme un prédateur sexuel, un pervers et un “sodomite” dangereux. L’accusation criminelle devient alors le support d’un récit plus large : celui du Juif comme menace sexuelle contre la communauté majoritaire.

Sous le nazisme, cette structure devient centrale. Les Juifs sont accusés de répandre l’homosexualité, la bestialité, la pornographie, le féminisme et plus généralement la “décadence”.

L’homosexualité n’est pas seulement condamnée comme pratique individuelle : elle est présentée comme une arme politique destinée à affaiblir la famille, la virilité et la reproduction du peuple.

On retrouve aujourd’hui cette logique dans le mythe de “l’agenda gay”. Selon cette théorie complotiste, “les LGBT” chercheraient à détruire la famille traditionnelle, à féminiser les hommes, à rendre les femmes lesbiennes et à abaisser la natalité blanche.

Dans les versions les plus structurée, cet agenda serait lui-même une composante du complot juif visant à favoriser le “Grand Remplacement” : des hommes virils étrangers viendraient remplacer les natifs, féminisés et décadents.

George Soros, financier et Juif, est ainsi régulièrement la cible de campagnes antisémites l’accusant de soutenir ce double complot migratoire et homosexuel.

De la même façon, des campagnes accusant les homosexuels de répandre le SIDA dans les années 80 font échos aux campagnes antisémites médiévales accusant les Juifs de répandre le peste – et plus proche de nous, du complotisme lié au COVID, qui rend coupable des personnes Juives de l’épidémie et de ses conséquences sociales.

Cette articulation dépasse d’ailleurs l’extrême droite occidentale. Le site d’extrême-droite turc Nouvelle Aube dénonce par exemple une prétendue « pieuvre LGBT » liée à Israël.

De son côté, Louis Farrakhan, figure de Nation of Islam, a accusé les Juifs de vouloir rendre les hommes noirs gays afin de les féminiser et de les affaiblir.

Ainsi, l’antisémitisme et l’homophobie ne se confondent pas, mais ils partagent souvent une même grammaire complotiste : l’idée qu’une minorité corruptrice détruirait de l’intérieur la famille, la virilité, la filiation et la reproduction du groupe majoritaire.

Dans ces discours, la haine des LGBT réactive un imaginaire antisémite ancien, tandis que l’antisémitisme donne à l’homophobie une cohérence globale et paranoïaque.