RIMA HASSAN : ENTRE CONFUSION ET FALSIFICATION DE L’HISTOIRE DE LA SHOAH

RIMA HASSAN : ENTRE CONFUSION ET FALSIFICATION DE L’HISTOIRE DE LA SHOAH

LA NAZIFICATION DES PALESTINIEN-NES

La fresque postée par le journaliste Jean Quatremer représentant Hitler avec un keffieh palestinien banalise la Shoah et fait écho aux discours politiques abjects de l’extréme droite israélienne qui s’adonne au_ révisionnisme en tentant de faire porter’ ila responsabilité de la destruction des Juif-ves d’Europe aux Palestinien-nes.

On se souvient de la déclaration de Netanyahou en 2015 qui avait affirmé que Hitler ne voulait pas exterminer les Juif-ves et que c’était le Grand Mufti de Jérusalem = qui __I’avait convaincu de le faire. Sa déclaration honteuse avait provoqué la colére de Yad Vashem et avait donné lieu a un démenti d’Angela Merkel, la chanceliére allemande, qui avait réaffirmé la responsabilité de |’Allemagne dans la

Shoah.

LE REVISIONNISME DE RIMA HASSAN

En réponse 4 Jean Quatremer, Rima Hassan a publié sur les réseaux sociaux un post de « debunkage » qui, loin de rétablir une quelconque vérité, reprend des éléments de langage négationnistes, faisant d'ailleurs écho 4 ceux de Netanyahou. En effet, en miroir inversé de la nazitication des Palestinien-nes, tout l'argumentaire de Rima Hassan consiste 4 affirmer que le « mouvement sioniste » était allié a l'Allemagne nazie et que les sionistes auraient participé a la

Shoah.

Pour étayer ces affirmations mensongéres, elle avance deux arguments qui n'ont rien de nouveau puisqu'ils étaient réguliérement mobilisés par des négationnistes tels que Roger Garaudy ou Robert Faurisson.

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Y) Jung Se Rin - Enemy Of Truth

Faut-il rappeler a Un accord sera

ce journaliste que méme conclu

Haim Arlosoroff, le 7 aodit 1933 entre le directeur le mouvement

Le mouvement sioniste n'a pas opposé de

politique de sioniste et le regime l’Agence juive du nazi « haavara » mouvement pour organiser le sioniste prénait transfert de juifs des négociations allemands vers la avec les nazis ? Palestine.

résistance a l’'Allemagne nazie ; ila plutét contribué au transfert des Juifs allemands.

1/ L'ACCORD HAAVARA

Le premier consiste 4 mettre en avant la volonté de l'Agence juive de négocier avec les autorités nazies afin de favoriser l'immigration du plus grand nombre possible de Juif-ves d'Europe vers la Palestine.

Cette volonté de négociation, controversée au sein méme du mouvement sioniste, a donné lieu @ l'accord Haavara de 1933, mentionné par Rima Hassan. Cet accord conclu entre la Fédération sioniste d'Allemagne, l'Agence juive et les autorités nazies_ visait a permettre limmigration de Juif-ves allemand-es vers la Palestine mandataire en échange de abandon d'une grande partie de leurs biens au profit du Troisieme Reich.

En vigueur de 1933 a 1939, cet accord a permis a prés de 60 000 Juif-ves allemand-es d'immigrer en _ Palestine mandataire et d'échapper ainsi 4 la mort, @ une période ou les portes de l'Europe et d'une grande partie du monde se refermaient, abandonnant les Juif-ves d'Europe aux mains

des nazis. 3/4 R

Notons d'abord la perversité du procédé qui consiste a rendre les Juif-ves responsables de leur propre extermination en présentant un accord ayant permis la survie de 60 000 Juif-ves comme une collusion idéologique et une collaboration active avec le nazisme.

Quant 4 l'accusation selon laquelle l'Agence juive prénait des négociations avec les nazis, elle doit étre replacée dans son contexte historique et politique. Il convient de ne pas falsifier l'histoire, comme le fait Rima Hassan.

Dans son ouvrage de référence La Destruction des Juifs d'Europe, Raul Hilberg écrit :

« Si donc les Juifs ont a tant de reprises joué le jeu selon les régles de l'agresseur, ils l'ont fait de fagon délibérée et calculée, sachant fort bien que c’'était l'attitude qui

réduirait au minimum les atteintes & leurs biens et a

leurs vies. »

Ainsi, lors du 19e Congrés sioniste, en 1935, Golda Meyerson, membre du Mapai, expliquait :

« ll y eut un temps [...] ol nous répondions a la souffrance juive uniquement par des pleurs et des protestations. La seule lueur d’espoir dans le désastre actuel est que, outre les pleurs

et les protestations, nous avons désormais la possibilité de faire quelque chose de concret pour sauver des dizaines de

milliers de Juifs. [...] Le mouvement sioniste [...] considére l'accord de transfert, dans les circonstances actuelles, comme absolument essentiel et est prét 4 en assumer les

conséquences. »

Yitzhak Gruenbaum, figure influente des Juif-ves

polonais-es en Palestine mandataire et élu au bureau

exécutif de l'Agence juive, déclarait également en 1935 :

« ll y a trois millions de Juifs en Pologne ; une guerre politique y est possible. Pas en Allemagne. En Allemagne, la lutte est

impossible et la situation des Juifs allemands est désespérée.

Nous devons les aider, et tel est l/objectif du transfert. » R

Dans son ouvrage Le Septiéme Million, Tom Segev critique sévérement le réle des principaux dirigeants sionistes, en particulier celui de Ben Gourion, pendant la Shoah. Mais a aucun moment il ne les accuse de collaboration avec le nazisme. Au contraire, il estime que le sort des Juif-ves d'Europe n'a pas suscité de réactions suffisamment énergiques de la part des dirigeants travaillistes et que ceux-ci aurait pu, par une action plus déterminée, sauver davantage de vies.

Enfin, mentionnons Vladimir Jabotinsky, fondateur du sionisme révisionniste, qui identifie trés t6t le danger mortel que représente l'arrivée d'Hitler au pouvoir pour les Juif-ves et affirme dés 1933 que le gouvernement allemand leur a déclaré « une guerre d'extermination ».

Dés cette méme année, il organise une campagne de boycott des produits allemands en _ Europe, particuliérement suivie par les Juif-ves polonais-es.

Selon les historiens, on peut distinguer trois positions politiques au sein des différentes composantes du mouvement sioniste face 4 la persécution des Juif-ves en Allemagne dans les années 1930 : ¢ une forme de passivité, dénoncée notamment par Tom Segev ; ¢ une volonté de négocier afin de sauver un maximum de Juif-ves en obtenant leur transfert hors d'Allemagne ; ¢ une stratégie de résistance fondée sur le boycott économique et le lobbying politique visant 4 marginaliser diplomatiquement I'Allemagne nazie et 4 la contraindre a

préserver les droits civiques des Juif-ves allemand-es.

Aucun historien sérieux n'affirme que le mouvement sioniste aurait collaboré activement avec le régime nazi en raison d'une quelconque collusion idéologique ou d'intéréts communs entre le sionisme et |'Allemagne nazie. Encore moins, que le régime nazi aurait manifesté une tolérance particuliére a I'égard du mouvement sioniste.

Ces affirmations n'existent que dans la littérature

des faussaires de I'Histoire. 7 R

2/ LA RESISTANCE JUIVE AU NAZISME

Le deuxiéme argument avancé par Rima Hassan pour expliquer que les sionistes et les nazis étaient alliés frdle le ridicule. Elle affirme que « Le mouvement sioniste n'a pas opposé de résistance 4a I'Allemagne nazie ».

La liste des organisations sionistes qui se sont illustrées par leur résistance militaire a l'Allemagne nazie serait trop longue pour que nous puissions étre exhaustif-ves, mais donnons-en

quelques exemples parmi les plus emblématiques.

Dés 1939, des bataillons juifs sont formés au sein de l'armée britannique et, en 1944, Winston Churchill accepte la création de la Brigade juive. Celle-ci comptait 5 000 combattants juifs qui furent envoyés en Europe afin de

participer a la campagne d'ltalie.

Les membres de la Brigade ne se limitaient pas aux populations juives originaires de Palestine. Des Juifs venus se réfugier en Palestine rejoignirent également I'unité, qui comptait en son sein des combattants issus d'une cinquantaine de nationalités. a/i4

militaires de la Jewish

Un soldat de la Brigade juive porte un obus d’artillerie. L’inscription hébraique sur la coquille se lit comme suit: « Un cadeau a Hitler ».

Deux insignes

Brigade

En France, l’Armée Juive est une organisation de résistance fondée en 1942 par Abraham Polonsky et rebaptisée Organisation Juive de Combat (OJC) en 1943 suite @ un accord passé avec le mouvement de jeunesse sioniste et avec les Eclaireurs Israélites de France. L’Organisation Juive de Combat (OJC) et ses dirigeants

se sont toujours revendiqués du sionisme. wa

L’armée juive rebaptisée Organisation Juive de Combat

L'OJC permit le passage en Espagne de centaines de Juif-ves en leur fournissant de faux papiers et organisa un maquis de résistance dans le Tarn.

Reconnu comme mouvement de la Résistance frangaise par le Comité frangais de libération nationale, 'OJC participa, les armes a la main, a la libération de la

France aprés le débarquement allié. 10/14

En Lituanie, Abba Kovner, membre actif de |I’Hashomer Hatzair, mouvement de jeunesse socialiste sioniste, crée la Fareynikte Partizaner Organizatsye (Organisation des partisans unis) dans le ghetto de Vilnius. Premiére organisation de résistance juive dans les ghettos, la FPO rassemble aussi bien des sionistes que des bundistes.

Apres la liquidation du ghetto en 1943, les membres survivant-es de la FPO réussissent 4 rejoindre les partisans 3

soviétiques puis participent a la libération de Vilnius le juillet 1944.

Abba Kovnet et des membres de i Fareynikte Partizaner Ongariizatsye n/a

3/ L'INSURRECTION DU GHETTO DE VARSOVIE

C'est également dans le ghetto de Vilnius que Hirsh Glick, membre de I'Hashomer Hatzair et de la FPO, écrit en 1943 Zog Nit Keynmol (Le Chant des partisans juifs), en hommage 4 insurrection du ghetto de Varsovie.

L’insurrection du ghetto de Varsovie débute le 19 avril 1943 et tient en échec les forces nazies pendant un mois avant qu’elles ne reprennent le contrédle du ghetto le 16 avril 1943.

La résistance juive armée dans le ghetto de Varsovie est menée par deux organisations : ¢ ‘Organisation juive de combat (Zydowska Organizacja Bojowa, ZOB), d'inspiration sioniste et bundiste, dirigée par Mordechaj Anielewicz, membre de I'Hashomer Hatzair, et Marek Edelman, membre du Bund. ¢ L’Union militaire juive (Zydowski Zwigzek Wojskowy, ZZW), organisation sioniste révisionniste du Betar, dirigée par Pawet Frenkel et Dawid Morye Apfelbaum.

La résistance juive pendant la Shoah fut transpartisane : sionistes, bundistes, communistes, socialistes, conservateur'ices, religieux'ses et athé-es combattirent ensemble pour sauver ceux qui pouvaient I'étre et préserver I'idée méme d’humanité.

Comme le résuma si bien Izrael Chaim Wilner, membre de 'Hashomer Hatzair et de l/Organisation juive de combat pendant insurrection du ghetto de Varsovie :

« Nous ne voulons pas sauver notre vie. Personne ne sortira vivant d'ici. Nous voulons sauver la dignité humaine. »

Mordechai Anielewicz, membre A de I’Hashomer Haitzair et

A. 7 A \ commandant de insurrection WV V y du ghetto de Varsovie

y .N y AV A Y

A YS Vv

Drapeau de Ia I’Organisation Juive de Combat — qui regroupait des bundistes et des sionistes - socialistes pendant l’insurrection du ghetto de — Varsovie.

En faisant croire que le mouvement sioniste n’a pas résisté au nazisme ;

En faisant croire que le destin des Juifs d'Europe pendant la Seconde Guerre mondiale pouvait étre différent en fonction de leur rapport a Israél ;

En tentant de faire oublier qu’ils étaient tous promis au méme destin dans les fours crématoires ;

Rima Hassan salit la mémoire de la Shoah et de la résistance

juive et inscrit son nom aux cétés des faussaires de I'Histoire.

BIBLIOGRAPHIE

OUVRAGES

BAUER, Yehuda, Juifs a vendre : les négociations entre nazis et Juifs, 1996.

HILBERG, Raul, La Destruction des Juifs d'Europe, 1961.

SEGEV, Tom, Le Septiéme Million, 2003.

YERUSHALMI, Yosef Hayim, Serviteur des rois et non serviteurs des serviteurs, 2011.

ARTICLES ET RESSOURCES EN LIGNE :

WEISS, Yfaat, « The Transfer Agreement and the Boycott Movement: A Jewish Dilemma on the Eve of the Holocaust », Yad Vashem Studies Vol. XXVI, Jerusalem 1998, pp 129-172, https:/Awww.yadvashem.org/articles/academic/the-transfer-agreement.htm SHAVIT Yaacov, STEIR-LIVNY Liat, “Qui criait au loup ? Comment Zeev Jabotinsky pergut-il l’Allemagne nazie et son projet ?”, Revue d’Histoire de la Shoah 2005/1 N° 182, https://shs.cairn.info/revue-d-histoire-de-la-shoah- 2005-1-page-67 ?7lang=fr

GREISLAMER, Ilan, “Le sionisme face a la montée du nazisme et a la Shoah” Le sionisme (p. 102-109). Presses Universitaires de France. https://shs-cairn-info.ezproxy.u-paris.fr/le-sionisme--9782130543831-page- 102?lang=fr.

PHDN (Pratique de I'Histoire et Dévoiements Négationnistes), Dossier « Haavara »: https://phdn.org/antisem/antision/haavara.html

PLUSIEURS ELEMENTS RELATIFS A LA RESISTANCE JUIVE (ORGANISATION

JUIVE DE COMBAT, UNION MILITAIRE JUIVE, FPO, BRIGADE JUIVE, OJC, ETC.) ONT ETE VERIFIES A PARTIR DES NOTICES HISTORIQUES DISPONIBLES SUR

WIKIPEDIA, PUIS RECOUPES AVEC LES RESSOURCES MENTIONNEES.