AFFAIRE EPSTEIN : SUR LES RESEAUX SOCIAUX, L’ANTISEMITISME DEBORDE, LES VICTIMES DISPARAISSENT

AFFAIRE EPSTEIN : SUR LES RESEAUX SOCIAUX, L’ANTISEMITISME DEBORDE, LES VICTIMES DISPARAISSENT

SUITE A LA PUBLICATION DES FICHIERS EPSTEIN, LES PIRES TROPES SUPPLANTENT L'INDIGNATION LEGITIME

Quelques constats historiques et politiques s'imposent.

Jeffrey Epstein dirigeait un systéme international de trafic sexuel impliquant des milliers de femmes, dont un grand nombre de mineures. Ce systéme reposait sur le recrutement en chaine, l’exploitation de la précarité, la collusion avec des responsables économiques et politiques et sur des dispositifs

de chantage.

Aprés une premiére condamnation en 2008, Epstein est a nouveau arrété en 2019, puis retrouvé mort en détention avant son procés. Depuis des années, des victimes témoignent des viols, des agressions sexuelles, des menaces, de |’organisation

du trafic et de l'impunité dont ont bénéficié leurs agresseurs.

En plus d’étre profondément patriarcal, et structuré autour d'une prédation pédocriminelle, ce systeme était également

suprémaciste et eugéniste.

Dés les années 2000, Epstein confiait 4 des scientifiques son projet d’« ensemencer la race humaine » avec son propre ADN en fécondant simultanément des femmes dans son ranch du Nouveau-Mexique selon une logique directement héritée des

fantasmes de « race supérieure ».

ll assumait par ailleurs un racisme anti-noirs explicite et des liens avec la « race science » et la droite identitaire. De nombreux témoignages décrivent un langage racialisé ainsi que des traitements pseudo-scientifiques infligés a des

femmes racisées.

Ces crimes ne sont pas des anomalies : ils s'‘inscrivent dans un systéme patriarcal et une culture du viol, fondés sur |'impunité et la protection des agresseurs, et ce dans tous les espaces

sociaux.

Ce qui distingue l'affaire Epstein n'est pas la nature des crimes, tristement répandus, mais l'ampleur du systéme, son inscription dans des réseaux de pouvoir suprémacistes et les défaillances

institutionnelles qui ont longtemps permis leur impunité.

Pourtant, sur les réseaux sociaux, un autre glissement s’opére : l’affaire est relue @ travers un prisme antisémite. Epstein y est réduit a sa judéité, afin d’alimenter des récits

complotistes.

Au lieu d’interroger les rapports de domination patriarcaux, raciaux et de classe, on recycle les vieux mythes — perversité sexuelle supposée des Juifs, crimes rituels, complot mondial —

hérités des '"Protocoles des sages de Sion".

L'affaire réactive également l'accusation fantasmatique de crimes rituels prétés aux Juifves, selon lequel des enfants chrétiens seraient sacrifiés pour l'usage de leur sang dans le

pain azyme.

Plutét que de questionner les collusions entre milieux d'affaires et sphéres politiques, les réseaux sociaux se saturent d'accusations d'un prétendu complot juif international dont Epstein serait l'instrument — reprise presque littérale des théses des “Protocoles des Sages de Sion”, qui désignent les Juifves comme une menace pour I'humanité, animés d’un projet de

domination du monde.

Le mécanisme raciste qui consiste a souligner l'identité ethnique supposée des coupables plutét que les rapports de domination de genre 4 l'ceuvre dans les crimes sexuels, n'est pas nouveau. On |'a aussi vu a |’ceuvre a maintes reprises contre

les Roms, les musulmans ou les étrangers en général.

Le violeur serait toujours |'Autre, l'Etranger ; jamais le proche, en

dépit de toutes les données disponibles.

Ce discours est notamment porté en France par le collectif raciste Némésis, désormais présent chaque année lors des manifestations du 25 novembre et du 8 mars, sous protection

policiére.

L'antisémitisme empéche ainsi une lecture politique des violences sexuelles et des rapports de domination : en imposant une grille de lecture complotiste, il détourne l’attention des structures sociales et politiques — patriarcales et capitalistes —

qui rendent ces crimes possibles et en prolongent I'impunité.

Pendant ce temps, les victimes s'effacent de nouveau: anonymat brisé, parole instrumentalisée, violences reléguées au

second plan.

Tandis que les analyses complotistes et les rhétoriques antisémites se multiplient, le patriarcat traverse la

scéne sans étre inquiété.